Les égéries Nouméenne OPT 2022 – Rencontre avec Justine LISIAK

Cette semaine, l’OPT-NC est ravi de vous présenter Justine, l’une des 6 égéries sélectionnées pour la Nouméenne OPT 2022.

Bonjour Justine, peux-tu nous dire comment tu as découvert que tu avais un cancer du sein ? 

J’ai découvert que j’avais un cancer du sein à l’âge de 35 ans en me palpant toute seule. C’était un cancer assez agressif qu’il a fallu traiter très rapidement avec des séances de chimiothérapie, une ablation totale du sein gauche et des séances de radiothérapie. Tout le protocole de traitement a duré un an. 

 

Quel était ton contexte de vie au moment où tu appris que tu avais un cancer ? 

Il y a 4 ans, lorsque l’on m’a diagnostiqué un cancer du sein, ma fille Eloïse avait 3 ans et demi. Cela faisait 6 mois que je m’étais séparée de son papa et j’avais à l’époque un travail très stressant et compliqué. J’étais à la limite du burn out. Je pense que ce n’est pas pour rien que la maladie s’est déclarée à ce moment-là. Cela faisait déjà plusieurs années que mon corps m’envoyait des messages que je refusais d’écouter. J’avais des douleurs chroniques et articulaires, des maux de gorge… Mais je ne voulais jamais m’arrêter, ni aller voir le docteur. Le cancer est arrivé pour me dire « stop ». C’était une grosse alerte que je ne pouvais pas mettre de côté.  

 

Par qui étais-tu entourée pour lutter contre la maladie ? 

J’étais super bien entourée par ma famille et mes amis, mais aussi et surtout par ma fille. Elle a été ma force et m’a tirée vers le haut. Je n’étais pas du tout dans le déni et j’ai rapidement accepté la situation. 24 heures après l’annonce de la maladie, je lui ai expliqué ce qui se passait avec des mots simples. De toute façon, les enfants sont des éponges et elle allait forcément le sentir.  

 

Que lui as-tu dit ? 

Des choses simples : « Maman a une boule qui n’est pas très sympa dans le sein et nous allons l’enlever. Pour cela, on va m’injecter des produits qui vont me faire perdre mes cheveux, me fatiguer, me rendre peut-être triste, me donner mal au ventre… Mais ce sont ces produits qui vont guérir Maman. » Ma fille m’a alors répondu avec toute son innocence : « Moi aussi je veux une boule et je veux faire ça avec toi. » Bien évidemment, je lui ai rétorqué que je ne lui souhaitais pas ça et que ma boule allait disparaître. Je l’ai prévenue que j’allais perdre mes cheveux et changer de visage, mais je lui avais promis qu’elle pourrait me dessiner de faux cheveux avec du maquillage. Avec ma fille, on jouait avec les perruques, j’en avais acheté des très colorées pour amener de la joie et elle me nouait régulièrement des foulards sur la tête. C’était (et c’est toujours) mon rayon de soleil. 

 

Et maintenant ? 

Aujourd’hui, tout va bien. Je suis actuellement en reconstruction mammaire pour les deux seins. En effet, on m’a retiré mon sein gauche, puis mon sein droit par mesure de précaution. J’ai pu suivre tous mes traitements en Nouvelle-Calédonie, sauf l’opération de reconstruction mammaire qui s’est déroulée en métropole. Je suis déjà partie 4 mois et demi et j’ai encore 3 opérations à faire. 

 

Comment te sens-tu aujourd’hui ? 

La vie est belle ! Je suis bien, je suis là, je suis en vie. J’ai complètement changé de vie ! J’ai changé de travail, je suis désormais fonctionnaire à la DASS au gouvernement, je suis célibataire, je fais attention à ce que je mange, je pratique régulièrement du sport, j’ai perdu 30 kilos et je m’entoure de bonnes personnes. Ma fille Eloïse a désormais 7 ans et demi et elle va très bien. Bref, je suis épanouie ! Après avoir frôlé la mort, tout est plus beau, les choses ont une autre saveur. Je ne pensais pas être aussi forte, je me suis découvert des capacités de résilience insoupçonnées.  

 

Finalement, ce cancer a changé ta façon de voir la vie ? 

Oui, il faut en faire une force quand on a la chance d’en guérir. Il ne faut pas le voir comme un échec. Certes, c’est un combat compliqué, un traumatisme à la fois physique et psychique. Mais quand on s’en sort, on se sent plus fortes, invincibles, revanchardes, on a envie de croquer la vie à pleines dents et on relativise beaucoup plus. 

 

Et la Nouméenne OPT ? 

La Nouméenne OPT, c’est un message d’espoir pour les femmes. Je trouve ça extrêmement beau de voir toutes ces femmes qui marchent dans le même sens pour soutenir la lutte contre le cancer du sein. Cette maladie peut toutes nous toucher dès l’âge de 20 ans. On connaît tous une mère, une sœur, une amie ou une personne qui a eu un cancer du sein. C’est important de sensibiliser le plus grand nombre, d’apprendre à se palper, de vérifier de temps en temps si tout va bien, de prendre RDV avec son gynéco et d’en parler autour de nous. J’ai participé pour la première fois à la Nouméenne OPT en 2017. En 2018, je n’ai pas pu car j’étais en traitement. Depuis, je participe chaque année. C’est important de voir cet élan de générosité et de récolter des fonds pour la Ligue contre le cancer. C’est d’ailleurs grâce à eux que je me suis remise au sport et je les en remercie ! Ça m’a aussi permis de me faire un petit groupe d’amies en traitement que je retrouvais pour les sessions de sport. Nous avons d’ailleurs créé une page Facebook « Le Caillou rose » pour soutenir les femmes qui en ont besoin et leur donner des astuces.